Société

Terrain litigieux de « Lomé Yaar”/ Bonheur-Ville :  les révélations de Mme Nikièma

Décidément, l’affaire du terrain communément appelé « Lomé yaar », dans le quartier Bonheur-Ville de Ouagadougou,  n’en finit pas de faire couler beaucoup d’encre. A la suite de la révélation du litige dans les colonnes de « L’Observateur Paalga », le journal a reçu puis publié la semaine dernière un droit de réponse signé du Comité de veille citoyenne de Bonheur-Ville qui, pour « cause d’utilité publique », dénie à Mme G. Awa Nikièma le droit d’exploitation du domaine.   

Aujourd’hui, nous vous proposons la réaction de Dame Nikièma qui soutient, documents administratifs à l’appui, être l’attributaire de la parcelle litigieuse. Elle demande alors aux autorités de mettre fin à l’injustice dont elle est victime depuis de nombreuses années. 

« Monsieur le Directeur de publication  de  L’Observateur  Paalga

Faisant suite à des  publications parues dans votre journal, notamment dans son édition du 15 décembre 2023 par rapport à un terrain litigieux opposant Mme Gomkalaga Awa Nikièma à certains résidents du quartier Bonheur-Ville de Ouagadougou, et qui a suscité une réponse d’un groupe de personnes réunies en comité de veille citoyenne parue dans l’édition n°11001 du vendredi 05 au dimanche 7 janvier 2024 dans les pages 6 et 7, moi, Gomkalaga Awa Nikièma, titulaire du terrain en question, je viens, par la présente, apporter des éléments de clarification et faire la lumière sur cette affaire. 

Ma démarche vise à donner l’information juste et saine afin de  mettre un terme aux agissements d’une poignée d’individus aux ambitions inavouées. Par voie de conséquence, je porte à la connaissance de l’opinion publique, en général, et des citoyens du quartier Bonheur-Ville, en particulier, que c’est en toute légalité que j’ai acquis le terrain en question, dans le même but d’y ériger un complexe scolaire tout en gardant les mêmes objectifs prévus pour la destination de la réserve «enseignement». A ce propos, j’ai en ma possession tous les avis favorables des services compétents. 

Certes, les « Engagements nationaux » avaient répondu favorablement à la requête de la population sur la construction d’un établissement d’enseignement général. Mais par la suite, il s’est avéré que le site du futur lycée relève d’un domaine privé. Alors, aussitôt commencés, les travaux ont été interrompus par monsieur Simon Compaoré, alors ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité intérieure parce qu’il a compris plus tard tous les tenants et les aboutissants de l’affaire. 

Je lui tire au passage un grand chapeau pour sa loyauté et sa droiture, car à  cette période, bien que disposant du pouvoir et de toutes les cartes pour me faire exproprier du terrain, il a préféré s’écarter du mensonge et de la vengeance politicienne. 

En effet, le problème terrain « Lomé yaar » est sous-tendu par des questions de règlements de comptes politiques menés par certains conseillers du MPP et appuyés par le maire Béouindé Armand qui voulait coûte que coûte reprendre le contrôle de la mairie de l’arrondissement 7 dirigée en son temps par un maire du parti UPC,  Saïdou Compaoré. 

Des rumeurs malveillantes ont même fait cas de la vente d’une réserve par ce dernier. Cette cabale contre le maire Saïdou a été orchestrée dans le but de le déstabiliser tout simplement parce que après vérification, il avait déclaré que la réserve objet de litige avait un titre foncier.

Poursuivant sa volonté d’acquisition du terrain, l’ex-maire central M. Béouindé a introduit une demande afin de me retirer la réserve pour bien asseoir le MPP.

J’ai en ma possession la lettre de ce dernier  adressée à Mme la ministre de l’Economie,  des Finances et du Développement de l’époque, Rosine Coulibaly.

Dans cette correspondance, il est demandé à celle-ci de prendre des dispositions pour permettre à la commune de Ouagadougou de disposer du terrain. 

Dans sa réponse, dont j’ai copie, Mme la ministre a d’abord fait savoir que j’ai régulièrement constitué un dossier de demande de terrain conformément aux dispositions en vigueur. 

Elle a ensuite ajouté que pour permettre à la collectivité territoriale de constituer son domaine, le maire Béouindé devrait recourir soit : 

❖ Au recueil du consentement de l’abandon amiable des droits du titulaire ; 

❖  A la mutation involontaire des droits réels par la procédure de l’expropriation pour cause d’utilité publique après une juste et préalable indemnisation. 

L’argument de la cause d’utilité publique cache mal des intérêts individuels. En effet, dans la même localité (Bonheur-Ville), les mêmes acteurs du Comité de veille citoyenne ont accaparé une réserve, dont j’ai les références, et ont procédé à son changement de destination.  

Des documents des auditions de certains responsables du Comité de veille citoyenne montrent à souhait que derrière la question d’utilité publique se cachent bien des non-dits. 

La preuve, cet extrait du P-V n°11 du 07 juillet 2023 du commissariat de police de l’arrondissement 7 sur l’audition de monsieur Idrissa Sawadogo :

➢ Question : Avez-vous suivi une procédure judiciaire motivant votre lutte ?

➢ Réponse : Non j’aurais appris que les Traoré ont déposé une plainte, même le retrait de la plainte, c’est dans le bureau du commissaire que je l’ai appris.

➢ Question : Avez-vous autre chose à déclarer ?

➢ Réponse : Nous poursuivons une lutte car il y a bien longtemps, les sieurs Kombi Naaba, Cheick Guiébré, Abdoulaye, pasteur m’avaient présenté un donateur dont j’ignore le nom, qui nous avait promis une réalisation d’un établissement de type social si nous arrivons à convaincre dame Nikièma de morceler son titre. Depuis lors, je me suis rallié à la cause.

Sur le P-V n°09 du 20 juin 2023 portant audition de monsieur Issouf Traoré dans les locaux du même commissariat, voici ce qui en ressort : 

➢ Question : De quel droit pouvez-vous interrompre les travaux sur ce terrain ce d’autant que dame NikièmaAwa dispose de documents y afférents ?

➢ Réponse : Nous n’avons pas de droit sur ce terrain.

➢ Question : Voulez-vous nous dire alors que vous « êtes des hors-la-loi » et que vous faites ce vous voulez, même si cela est contraire à la légalité ?

➢ Réponse : Ce jour-là nous avons en tout cas ignoré la loi.

➢ Question : Il y a curieusement des audios qui circulent comme quoi vous ne vous êtes pas désistés de votre requête contre l’Etat ; quel objectif avez-vous à travers ce comportement ?

➢ Réponse : Effectivement j’ai dit dans un audio que je ne me suis pas désisté de ma requête ; je m’excuse de mon comportement pour avoir, par mon audio, trompé la population mais en réalité je savais que si j’avais eu le courage de dire à cette population que je m’étais désisté, j’allais subir sa colère.

➢ Question : Que comptez-vous faire pour que la population laisse Mme Nikièma G. Awa exploiter son terrain quand vous savez qu’elle dispose de documents de propriété ?

➢ Réponse : Personnellement je présente mes excuses à Mme Nikièma Gomkalaga Awa pour nos agissements. Mais très prochainement nous allons convoquer une rencontre avec la population pour l’éclairer afin de permettre à Dame Nikièma Gomkalaga Awa de vaquer à ses travaux sur ledit terrain en toute sérénité.

➢ Question : Quand vous dites que très prochainement vous allez convoquer une rencontre, à quelle date pensez-vous le faire ?

➢ Réponse : Le dimanche prochain.

Sur le  P-V n°10 du 20 juin 2023, portant audition de monsieur Sayouba Nikièma par le commissaire, on peut lire ceci :

➢ Question : De quel droit vous pouvez exiger d’une personne qui détient ses documents de propriété d’attendre une quelconque réponse de l’autorité administrative pour démarrage de ses travaux ?

➢ Réponse : Nous n’avons pas ce droit d’empêcher la réalisation des travaux.

➢ Question : Pouvez-vous nous citer nommément tous ceux qui ont pris part à cette opération d’interruption du démarrage des travaux ?

➢ Réponse : Je retiens M. Traoré Issouf, M. SoréLassané dit Lankandmoore, le cheik Idrisse Sawadogo, le Kombi Naaba, M. Zida, M. Ilboudo Joseph, M. Ilboudo, Lougué Mamadou, et moi. Il y avait d’autres personnes dont je ne me rappelle.

➢ Question : Avez-vous autre chose à déclarer ?

➢ Réponse : Je demande personnellement pardon à Mme Nikièma G. Awa ; en réalité on n’avait pas tous les aspects du problème.

Je rappelle aussi qu’il existe bien un audio dans lequel le sieur Sayouba Nikièma dit Karemssamba affirme que même si je possède tous les documents du terrain, il ne sera  pas question que j’y effectue des travaux. 

Comme on peut le constater, lorsque dans leur droit de réponse, les leaders du Comité de veille citoyenne disent que certains d’entre eux ont été injustement arrêtés, cela n’est que pure contre-vérité. 

Notons aussi que sur instruction du chef de Sonré, M. Traoré, qui prétendait entretenir de bonnes relations avec le ministre des Finances et celui de l’Habitat, s’est rendu au Tribunal administratif de Ouagadougou et a déposé une demande manuscrite, à la date du 10 mars 2023, de requête aux fins d’annulation de  l’attestation d’attribution qui m’a été établie. 

Notons qu’au plan coutumier, la réserve ne fait pas partie des limites territoriales du Sonre Naaba mais plutôt du Cissin Naaba représenté par le Zak Naaba de Bonheur-Ville. 

Le 15 mars 2023, il m’a été notifié par le chef de greffe une plainte présentée par M. Traoré contre l’Etat burkinabè, la commune de Ouagadougou et ma personne. 

Après jugement, le Tribunal administratif de Ouagadougou a condamné M. Traoré Issouf à payer à la commune de Ouagadougou, la somme de cinq cent mille (500 000) F CFA au titre de frais exposés et non compris dans les dépens.

Le lendemain 16 mai 2023, le même Traoré, qui dit agir au nom de la population du secteur 31, a introduit une demande de désistement d’instance, dont j’ai copie, auprès du président du Tribunal administratif de Ouagadougou.

A toutes fins utiles, je termine en précisant que je suis en possession des images du saccage des panneaux de l’autorisation de construire et de la destruction des clôtures que j’avais commencées à ériger. 

Monsieur le directeur de publication de  L’Observateur Paalga,  si j’ai décidé de sortir de mon silence, c’est pour profiter de votre journal afin d’interpeller les autorités compétentes de mon pays pour qu’elles trouvent une solution définitive à ce litige dans le respect des droits que j’ai sur ce terrain ».  

Mme G. Awa Nikièma

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